Gare du Nord - Reda Kateb

Les gares parisiennes au cinéma

Les gares parisiennes, véritables carrefours de vies et d’histoires, ont toujours fasciné les cinéastes. Leur architecture majestueuse, leur effervescence et leur symbolique en font des décors de choix pour le septième art. Depuis 1896 et le film des frères Lumière, L’Entrée du train en gare de la Ciotat, le train n’a cessé d’être présent au cinéma. De nos jours, la SNCF accueille plus d’une centaine de tournages par an en France et une équipe dédiée accompagne les régisseurs et réalisateurs pour tourner dans les décors ferroviaires. 
Focus sur sept gares parisiennes qui nous montrent toute la diversité des films tournés à Paris.

Il était une fois en Amérique - Robert de Niro
Robert de Niro à la Gare du Nord pour le film Il était une fois en Amérique

Gare du Nord : chassé-croisé au cœur de l’écran

La Gare du Nord, la plus fréquentée d’Europe, a servi de décor à de très nombreux films. Star des gares parisiennes, elle est peut-être aussi la plus internationale d’un point de vue cinématographique. Citons trois projets différents parmi des dizaines ! 

En 1984, Sergio Leone y tourne plusieurs plans d’Il était une fois en Amérique, la gare remplaçant la Grand Central Station de New York, disparue depuis les années 1930. Pourquoi ? Parce que celle-ci avait été construite sur le modèle parisien.

Dans Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain (2001), Jean-Pierre Jeunet fusionne au montage la Gare du Nord et la Gare de l’Est, brouillant volontairement les repères : Amélie descend du train à la première, tandis que Nino sort par les escaliers de la seconde.

En 2013, Claire Simon consacre un film entier à ce lieu foisonnant : Gare du Nord. Entre les quais, les boutiques et les couloirs, se tisse une rencontre entre Ismaël (Reda Kateb), étudiant en sociologie, et Mathilde (Nicole Garcia), professeure d’histoire — un portrait vibrant de la ville-monde en perpétuel mouvement.

Gare du Nord - Nicole Garcia et Reda Kateb
Nicole Garcia et Reda Kateb dans le film Gare du Nord

Gare Saint-Lazare : une traversée historique du cinéma

Construite en 1837, la gare Saint-Lazare est la première gare de Paris et d’Île de France et  séduit dès ses débuts le cinéma, fasciné par ce symbole de modernité. 

En 1896, Méliès tourne un film, considéré aujourd’hui comme perdu, La gare Saint-Lazare. Peut-être souhaitait-il s’inscrire dans la continuité du travail réalisé par Claude Monet en 1877 qui, dans sa série de toiles sur cette gare, cherchait déjà à recréer le mouvement. 

En 1938, le film La Bête humaine, adapté du roman éponyme d’Émile Zola et réalisé par Jean Renoir, se déroule en partie dans cette gare et ses environs. 

En 1966, Claude Lelouch y filme la célèbre scène finale d’Un homme et une femme : Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant se retrouvent sur le quai, saisis à la volée, sans autorisation, au milieu des voyageurs. « Nous avons filmé en cachette, au milieu des voyageurs, pour saisir la vérité du moment. », racontera Lelouch.

En 1979, Michel Blanc y débarque par erreur en combinaison de ski dans Les Bronzés font du ski de Patrice Leconte.

Enfin, en 2025, dans La Venue de l’avenir de Cédric Klapisch, Adèle, qui vient de Normandie, se retrouve dans le Paris de la Belle Époque, en pleine révolution industrielle. Si elle arrive par la Seine, ses descendants refont l’itinéraire inverse en passant par la Gare Saint-Lazare.

La Venue de L'Avenir - Gare Saint-Lazare
Julia Piaton, Zinédine Soualem, Abraham Wapler et Vincent Macaigne dans le film La Venue de l’Avenir

Gare de l’Est : une doublure de luxe

Grâce à son architecture classique et son accès aisé, la Gare de l’Est a souvent doublé d’autres gares à l’écran. 

Dans La Grande Vadrouille de Gérard Oury (1966), elle incarne la gare de Lyon où le tournage n’avait pas été autorisé. 

En 1960, dans Zazie dans le métro de Louis Malle, la petite héroïne débarque à la Gare de l’Est pour passer un séjour à Paris avec son oncle. Nous ne sommes pas entre deux gares ici mais plutôt entre deux époques puisque le train électrique par lequel arrive Zazie est tiré par une locomotive à vapeur ! Le contraste crée une belle collision temporelle 🙂

Dans Ceux qui m’aiment prendront le train de Patrice Chéreau (1998), une quinzaine de personnages se réunissent pour aller à l’enterrement à Limoges de l’un de leurs amis. Plusieurs scènes sont tournées à la gare de l’est et la gare Saint-Lazare bien que les trains pour cette ville partent de la gare d’Austerlitz.

Zazie dans le métro - Gare Saint-Lazare
Philippe Noiret et Catherine Demongeot dans le film Zazie dans le métro

Gare Montparnasse : entre modernité et mémoire cinématographique

Plus récente et plus épurée que ses voisines, la Gare Montparnasse incarne la modernité du Paris ferroviaire. Son architecture de verre et de béton attire les cinéastes en quête d’un décor contemporain, tout en portant, dans l’imaginaire collectif, la trace spectaculaire de l’accident de 1895, lorsqu’une locomotive traversa la façade de l’ancienne gare pour s’écraser sur la place de Rennes — image iconique du mouvement qui inspira longtemps le cinéma.

Dans Maine Océan de Jacques Rozier (1986), Dejanira (Rosa-Maria Gomes) court du hall de la gare vers le quai du train rapide « Maine-Océan », dont le départ est imminent. Direction l’Ile d’Yeu. Dans le train, sa rencontre avec une jeune avocate et deux contrôleurs SNCF est le point de départ d’une jolie aventure un brin loufoque. 

Plus tard, dans un autre genre (!), La Tour Montparnasse infernale (2001) joue avec l’architecture du lieu, transformée en terrain de jeu d’action et de burlesque : un hélicoptère s’écrase sur la façade vitrée de la gare, avant que les héros n’en ressortent indemnes.

En 2011, Martin Scorsese reconstitue une version fantasmée du lieu dans Hugo Cabret en évoquant les débuts du cinéma et le rêve mécanique du train. Son héros principal y répare les horloges, rencontre Georges Méliès et échappe de peu au célèbre accident cité plus haut !

Quant à Justine Triet, elle y filme quelques plans dans Victoria (2016), saisissant le mouvement quotidien de voyageurs anonymes dans ce décor emblématique du Paris contemporain.

Hugo Cabret - Gare Montparnasse
Asa Butterfield, Chloë Grace Moretz et Sacha Baron Cohen dans le film Hugo Cabret

Gare de Lyon : la plus cinématographique ?

La Gare de Lyon, avec sa grande verrière et son restaurant mythique Le Train Bleu, est l’une des plus cinégéniques de la ville.

Dans Compartiment tueurs (1965) de Costa-Gavras, le hall devient le théâtre d’un polar haletant, premier long-métrage d’un cinéaste qui y pose déjà sa caméra avec un sens aigu du rythme et de la tension. 

Quarante ans plus tard, Danièle Thompson y fait arriver Cécile de France dans Fauteuils d’orchestre (2006), jeune provinciale venue chercher à Paris sa place parmi les artistes et les rêveurs.

La gare revêt une tonalité plus intime dans Le Lycéen (2022) de Christophe Honoré, où le train symbolise le passage vers la vie adulte.

Quant au restaurant Le Train Bleu, avec ses fresques et ses dorures, il apparaît dans de nombreux films, de Nikita (1990) à La Venue de l’avenir (2025) en passant par Place Vendôme (1998) ou Micmacs à tire larigot (2009), et nous offre un décor unique, témoin d’un Paris intemporel.

Le restaurant Le Train Bleu à Gare de Lyon
Le restaurant Le Train Bleu à Gare de Lyon

Gare d’Austerlitz : filmer l’histoire

Souvent associée à la mémoire et aux récits d’époque, la Gare d’Austerlitz apparaît dans plusieurs fresques historiques.

Jean-Pierre Jeunet y fait passer Un long dimanche de fiançailles (2004), où Mathilde, incarnée par Audrey Tautou, part sur les traces de son fiancé disparu pendant la guerre.

Le Paris de l’Occupation y figure également avec Le Jour et l’heure, filmé par le réalisateur de La Bataille du Rail et de Paris brûle-t-il ?, René Clément, tandis qu’Alain Delon y prend un train dans le chef- d’œuvre de Joseph Losey, Monsieur Klein.
 
Plus récemment, Katell Quillévéré choisit la même gare pour Le Temps d’aimer (2023), drame d’après-guerre entre une mère célibataire (Anaïs Demoustier) et un étudiant (Vincent Lascoste). Une partie de la gare est alors reconstituée avec locomotive à vapeur et voitures anciennes.

Un long dimanche de fiancailles - Gare d'Austerlitz
Audrey Tautou dans le film Un Long Dimanche de Fiançailles

Gare d’Orsay : du train au musée

N’oublions pas la gare d’Orsay car avant de devenir le célèbre musée que l’on connaît, elle accueillit le tournage du film Le Procès (1962) au cours duquel Orson Welles figure ce lieu alors désaffecté comme métaphore d’un univers kafkaïen et oppressant. Quelques années plus tard, des locomotives aux chefs-d’œuvre, l’espace a simplement changé de passagers.


Retrouvez quelques films cités et d’autres encore dans les gares du Nord et de l’Est lors de la ciné-balade Gares et canal.

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