Kirsten Dunst dans Marie-Antoinette de Sofia Coppola

8 hôtels particuliers devenus décors de films et de séries cultes

À Paris, certains lieux ne se contentent pas d’être beaux ou chargés d’histoire : ils jouent.
Depuis plus d’un siècle, le cinéma investit les hôtels particuliers parisiens pour incarner le pouvoir, la richesse, l’aristocratie, la création artistique ou encore le luxe contemporain.
Monuments privés devenus musées, demeures aristocratiques transformées en décors de fiction, ces bâtiments traversent les époques… à l’écran comme dans la ville.
Voici 8 hôtels particuliers parisiens qui ont marqué l’histoire du cinéma et des séries, de La Boum à Mission: Impossible, de Claude Sautet à Sofia Coppola, jusqu’aux productions les plus récentes.

Hôtel de la Paiva
Le salon Païva à l’hôtel de la Païva

1. Hôtel de Soubise

Ancien palais princier du XVIIIᵉ siècle devenu siège des Archives nationales, l’hôtel de Soubise est l’un de ces lieux que le cinéma aime pour leur capacité à incarner le pouvoir — quel qu’il soit. À l’écran, il change de fonction, d’époque et de registre, sans jamais perdre sa majesté.

Dans Papy fait de la résistance, il est le siège de la Kommandantur sous l’Occupation mais surtout le théâtre d’une scène burlesque d’un film qui n’en manque pas. Rien de mieux, il est vrai, qu’un décor prestigieux pour désacraliser l’autorité et faire acte de… résistance !

Plus récemment, l’hôtel a joué un Versailles de substitution dans Marie-Antoinette de Sofia Coppola. Depuis, le lieu apparaît dans de nombreux projets. Dans Mission: Impossible – Fallout, par exemple, après la séquence au Grand Palais, Hunt (Tom Cruise) fuit avec la Veuve Blanche (Vanessa Kirby) jusqu’à sa demeure parisienne.
Un même décor, trois époques, trois genres : le cinéma adore ses salons rocaille et sa cour d’honneur théâtrale.

Hôtel de Soubise
L’hôtel de Soubise qui abrite les Archives Nationales

2. Hôtel de Lauzun

Chef-d’œuvre du XVIIᵉ siècle dessiné par Louis Le Vau, premier architecte du roi et bâtisseur du château de Vaux-Le-Vicomte, l’hôtel de Lauzun est célèbre pour ses décors baroques et son passé littéraire. Charles Baudelaire et Théophile Gautier y ont séjourné et fondé le mystérieux Club des Haschischins. 

Récemment, il est apparu dans Les Trois mousquetaires (M. Bourboulon, 2023) pour figurer les appartements de la reine d’Autriche (Vicky Krieps). Il y a quelques années, Cédric Klapisch y avait tourné une scène mémorable de son film Paris (2008). Fabrice Luchini, professeur d’histoire, y commente le lieu avec passion. Le cinéma rejoint ici la transmission du patrimoine, dans une mise en abyme parfaite.
Un hôtel particulier qui parle de Paris… dans un film sur Paris, c’est très méta et donc particulièrement séduisant pour Ciné-Balade.

Les Trois Mousquetaires - Hôtel de Lauzun - Vicky Krieps
Vicky Krieps à l’Hôtel de Lauzun dans le film Les Trois Mousquetaires

3. Hôtel Marcel Dassault

De la comédie adolescente culte La Boum 2 au film historique Au revoir là-haut, l’hôtel Marcel Dassault traverse plus de quarante ans de cinéma français.

Construit à la fin du 19ème siècle dans un style Louis XV, il a été la demeure de la comédienne Sophie Croizette, amie de Sarah Bernhardt avant d’être acquis par Marcel Dassault en 1952. 

L’industriel étant producteur du film de Claude Pinoteau, il prête son salon à l’équipe pour la scène d’introduction où l’on retrouve Vic (Sophie Marceau) et Poupette (Denise Grey) à un concert viennois. L’art du voyage à peu de frais puisque l’intérieur de l’hôtel figure parfaitement le rococo autrichien.

C’est cependant plus son extérieur fastueux qui attire l’œil de la caméra ensuite. Dans Au revoir Là-haut, il est la demeure de ​​Marcel Péricourt (Niels Arestrup) et l’occasion d’une scène nocturne entre Albert (Albert Dupontel) et Pauline (Mélanie Laurent). On y aperçoit aussi Antonio Banderas filmé par Brian de Palma dans Femme Fatale

Tour à tour salon mondain, demeure bourgeoise ou façade spectaculaire, l’hôtel Marcel Dassault illustre parfaitement la manière dont le cinéma recycle les lieux du prestige pour mieux traverser les époques et les imaginaires.

Hôtel Marcel Dassault
Hôtel Marcel Dassault

4. Hôtel de la Païva

Après les salons officiels et les palais du pouvoir, place à un autre type de prestige, plus flamboyant, plus théâtral : celui de l’hôtel de la Païva. Escalier d’onyx, dorures, faste du Second Empire : la demeure est une véritable star du cinéma. Commandité par la plus célèbre des courtisanes parisiennes, Thérèse Lachman, alias la marquise de Païva, il s’affiche comme une revanche sur sa jeunesse miséreuse et est aujourd’hui le dernier hôtel particulier des Champs Elysées.

Le lieu incarne aussi bien l’univers poétique et décalé de L’Écume des jours, le XIXᵉ siècle réinventé dans Eiffel, l’abondance bourgeoise dans Au Revoir là-haut ou encore le Paris romantique et vengeur de Dumas dans Le Comte de Monte Cristo. C’est dans ce dernier film que les spectateurs peuvent profiter le plus de la splendeur de ses décors intérieurs.

Des scènes de bal, la scène de poker, celle où Albert de Morcerf et Haydée se croisent en empruntant le superbe escalier, ou encore l’émouvante conversation entre Edmond Dantès et Mercédès dans le jardin d’hiver : ici, le décor devient personnage.

Le Comte de Monte Cristo - Hôtel de la Paiva
Patrick Mille, Laurent Lafitte et Bastien Bouillon dans Le Comte de Monte Cristo à l’hôtel de la Païva

5. Hôtel d’Avaray

Datant du début du XVIIIe siècle, il fut construit à la même période que son voisin l’hôtel Pozzo di Borgo qu’il figure dans le film Intouchables
Ce dernier a bien été la demeure de Philippe Pozzo di Borgo, l’homme d’affaires tétraplégique dont la relation d’amitié avec son auxiliaire de vie, Abdel Sellou, a inspiré le film avec François Cluzet et Omar Sy. Cependant, le lieu étant indisponible pour un tournage, Eric Tolédano et Olivier Nakache se sont reportés sur l’Hôtel d’Avaray, résidence de l’ambassadeur des Pays-Bas depuis 1920. À sa demande, l’intégralité du cachet a été reversé à la cité internationale universitaire de Paris pour la restauration du collège néerlandais – l’un des plus beaux du site.  

Depuis, deux projets portés par Omar Sy ont utilisé l’hôtel pour décor le temps d’une ou plusieurs séquences : De l’autre côté du Périph de David Charhon et la série Lupin qui y figure la résidence de Hubert Pellegrini, son ennemi juré. 
De la réalité biographique à la fiction contemporaine, l’hôtel d’Avaray incarne à l’écran une élite parisienne à la fois inaccessible et profondément cinématographique, où le décor participe pleinement à la construction des personnages.

François Cluzet et Omar Sy à l'hôtel d'Avaray dans le film Intouchables
François Cluzet et Omar Sy à l’hôtel d’Avaray dans le film Intouchables

6. Musée Nissim de Camondo

Ancien hôtel particulier devenu musée, Camondo est l’un des lieux les plus filmés de Paris. Situé en bordure du parc Monceau, il a été construit entre 1911 et 1914 pour le banquier Nissim de Camondo, grand collectionneur d’objets d’art du XVIIIe siècle qu’il a su réunir afin de reconstituer une demeure aristocratique de la période. La bâtisse et sa collection ont été cédées aux Art décoratifs à sa demande. 

Son décor superbe et son style néo-classique attirent des productions internationales et s’adaptent à toutes les époques. 
Par son histoire d’abord, il semble naturellement choisi pour incarner le demeure familiale du riche financier Noël Schoudler (Jean Gabin) dans Les Grandes familles (Denys de la Patellière, 1958). Il figure aussi la banque zurichoise de dépôt où se rendent Sophie Neveu et Robert Langdon dans Da Vinci Code
Quant à son décor intérieur constitué de meubles, tableaux, tapis, porcelaines et orfèvrerie du XVIIIe siècle, il sied parfaitement à l’univers libertin du film Valmont, l’adaptation cinématographique des Liaisons dangereuses par Milos Forman. 
Citons encore la demeure des Levasseur (Daniel Auteuil et Kristin Scott Thomas) dans La Doublure, et côté séries, les extérieurs de la résidence de l’ennemi juré de Lupin, Hubert Pellegrini, ou celle des Lenverpré (Audrey Fleurot, Gilbert Melki) dans Le Bazar de la Charité.

Lieu de pouvoir et d’argent, lieu de mystère et de fantasme, le musée est un décor clé pour les films où l’histoire et les histoires se lisent dans les murs.

Musée Nissim de Camondo
Musée Nissim de Camondo

7. Musée Rodin

Rarement un lieu aura été filmé de manière aussi diverse.

Le Musée Rodin, ancienne demeure du sculpteur et lieu de contemplation pour les admirateurs de son œuvre est un point de passage remarquable dans de nombreux films qui mettent en valeur l’art et la culture française. Qu’il s’agisse des jardins propice à la rêverie ou des salles aux mille chefs-d’œuvre, le lieu inspire depuis longtemps. 

Le site du musée cite Claude Sautet, James Ivory, Tran Anh Hung ou Jean-Luc Godard. On peut rappeler aussi François Truffaut rendant hommage au Balzac sculpté par Rodin dans Les deux anglais et le continent, Poupette rappelant sa jeunesse artistique et libérée à Vic dans La Boum 2 ou Woody Allen qui nous offre une découverte touristique et culturelle de la ville dans Midnight in Paris à travers une visite guidée offerte par Carla Bruni.

Le musée Rodin est un véritable caméléon cinématographique qui rappelle l’amour du 7e art pour le deuxième.

Minuit à Paris, musée Rodin
Carla Bruni et Owen Wilson se baladant au Musée Rodin dans le film Minuit à Paris

8. Hôtel de Beauvais

Superbe hôtel particulier du 17ème siècle situé dans le Marais non loin de l’Hôtel de Ville, l’hôtel de Beauvais a été construit par Antoine le Pautre, premier architecte de Louis XIV. Devenu ambassade de Bavière, il hébergea pendant 6 mois, le jeune Mozart âgé de 7 ans à l’occasion de sa première tournée européenne. Devenu immeuble de rapport, classé insalubre au 20e siècle, il reste fortement dégradé jusqu’à sa restauration dans les années 90 et l’installation du siège de la cour administrative d’appel de Paris.

Quasiment à l’abandon dès les années 80, il est le terrain de jeu idéal pour quelques films français qui témoignent aujourd’hui de l’état de l’hôtel à cette époque. 
On reconnaît aisément sa cour en forme de théâtre, très prisé des cinéastes dans les films La Banquière de Francis Girod (1980) et Camille Claudel de Bruno Nuytten (1988). Banque et domicile de Emma Eckhert (Romy Schneider) dans le premier, il devient la demeure et l’atelier de Camille Claudel (Isabelle Adjani) – situé originalement sur l’Île Saint-Louis – dans le second. On peut noter qu’il apparaît dans L’Insoutenable légèreté de l’être de Philip Kaufman dans lequel Paris figure la ville de Prague. 

À travers ces films, l’hôtel de Beauvais conserve à l’écran la mémoire d’un lieu longtemps oublié, devenu un décor précieux pour raconter la fragilité, la création et les soubresauts de l’histoire.

Cour de l'Hôtel de Beauvais
Cour de l’Hôtel de Beauvais

Du XVIIᵉ siècle à nos jours, ces hôtels particuliers dessinent une véritable cartographie du luxe, du pouvoir et de la représentation sociale au cinéma.
Qu’ils incarnent l’aristocratie d’Ancien Régime, la bourgeoisie triomphante, les élites contemporaines ou les fantasmes du prestige, ces lieux parisiens jouent un rôle à part entière dans les récits filmiques.
À l’écran, ils ne se contentent pas de servir de décor : ils racontent une histoire, celle d’un Paris sans cesse réinventé par le regard des cinéastes.

Une autre façon de parcourir la ville, en suivant les traces laissées par la fiction… et par le cinéma.

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