la Maison internationale

La Cité universitaire internationale de Paris au cinéma

Dans le 14ᵉ arrondissement de Paris s’étend un territoire à part, à la fois campus universitaire, parc paysager et décor de cinéma à ciel ouvert : la Cité internationale universitaire de Paris.
Sur 34 hectares, ce vaste ensemble accueille chaque année plus de 10 000 étudiants venus du monde entier… mais aussi des dizaines d’équipes de tournage.
Car depuis plusieurs décennies, la Cité universitaire est devenue le premier lieu de tournage d’Île-de-France, avec plus d’une soixantaine de productions par an. Films d’auteur, comédies populaires, drames historiques ou biopics s’y succèdent, séduits par un atout rare à Paris : la possibilité de voyager sans quitter la capitale.

Cité universitaire internationale de Paris
La Cité universitaire internationale de Paris

Un décor idéal pour le cinéma

Créée après la Première Guerre mondiale dans un esprit de paix, de dialogue et de compréhension entre les peuples, la Cité internationale universitaire est pensée comme une utopie architecturale et humaniste.
Ses 37 maisons, conçues entre les années 1920 et 1960, reflètent la diversité culturelle et architecturale du monde : inspirations anglaises, flamandes, italiennes, japonaises, indochinoises ou modernistes.
Pour le cinéma, c’est un terrain de jeu exceptionnel.
Dans un même périmètre, les réalisateurs peuvent filmer un campus anglo-saxon, une ambassade imaginaire, une école militaire, un décor colonial ou une résidence bourgeoise hors du temps.

À cela s’ajoutent des conditions de tournage idéales, bien éloignées des contraintes du centre de Paris : allées larges permettant le stationnement des camions, espaces verts pour les loges et bureaux de production, plusieurs lieux dédiés aux cantines…
Face à l’afflux de demandes, un service dédié aux tournages a même été créé au sein de la Cité.

Un succès aussi économique

Le succès cinématographique de la Cité universitaire est aussi une réalité économique.
Une journée de tournage de long métrage y est facturée environ 3 000 euros, et l’ensemble des tournages rapporte chaque année entre 100 000 et 150 000 euros au campus.
Mais au-delà des chiffres, c’est surtout la souplesse des décors qui fait la différence. Là où Paris impose souvent des reconstitutions ou des compromis, la Cité offre des architectures déjà “prêtes à filmer”, sans transformation lourde.

Maison des étudiants de l'Asie du Sud-Est
Maison des étudiants de l’Asie du Sud-Est

La Fondation Deutsch de la Meurthe, star du campus

Parmi les pavillons les plus filmés figure la Fondation Émile et Louise Deutsch de la Meurthe, inaugurée en 1925.

Première résidence de la Cité Internationale universitaire, elle naît d’une rencontre entre Paul Appell, recteur de l’Université de Paris et Emile Deutsch, issu d’une grande famille et mécène et président de la société des Pétrole Jupiter devenu Shell. 
C’est lui-même qui est à l’origine du grand projet en imaginant la création de maisons offrant aux étudiants des logements salubres et aérés. C’est Lucien Bechman, également à l’origine de l’extraordinaire Washington Plaza dans le 8ème, propriété de Shell pendant longtemps  (et visible lors de la ciné-balade Paris Polars) qui en est l’architecte.

Avec ses briques rouges, ses toits pentus et son allure de collège britannique, elle est devenue l’un des décors emblématiques du lieu. 
Guillaume Gallienne y a longuement tourné Les Garçons et Guillaume, à table !, transformant la Cité universitaire en lieu de souvenirs, d’apprentissage et de construction identitaire. Le film exploite pleinement l’ambivalence du campus : à la fois lieu collectif et espace intime, propice aux récits de formation.

Fondation Émile et Louise Deutsch de la Meurthe
Fondation Émile et Louise Deutsch de la Meurthe

L’Asie du Sud-Est comme décor de cinéma

Autre bâtiment très convoité : la Maison des étudiants de l’Asie du Sud-Est, inaugurée en 1930 sous le nom de Maison de l’Indochine.
Son architecture et ses intérieurs élégants en font un décor idéal pour évoquer le passé colonial ou des espaces diplomatiques.
Le grand salon par exemple qui occupe le rez-de-chaussée accueillent toujours diverses fêtes rythmant la vie de la Maison tout au long de l’année, en particulier celle du Têt ou Nouvel An vietnamien. Son décor très coloré et son architecture sont inspirés des temples et palais du Sud-Est asiatique.

Ainsi il a pu représenter un décor idéal pour le film Indochine de Régis Wargnier, où Catherine Deneuve et Dominique Blanc y croisent Vincent Pérez lors d’une vente aux enchères.
Le lieu est également utilisé dans La Fille sur le pont de Patrice Leconte, preuve de sa capacité à changer totalement de registre selon la mise en scène.

Catherine Deneuve et Dominique Blanc dans le film Indochine à la Maison des étudiants de l'Asie du Sud-Est
Catherine Deneuve et Dominique Blanc dans le film Indochine à la Maison des étudiants de l’Asie du Sud-Est

La Maison internationale, un décor institutionnel et modulable

Autre bâtiment central du campus, la Maison internationale occupe une place à part dans la géographie cinématographique de la Cité internationale universitaire.

Financée par John Rockefeller, elle doit son architecture à Jens Fredrick Larson, spécialiste du bâti pour les étudiants qui a souhaité mêler des éléments d’universités américaines telles que New York, Berkeley ou Chicago et une inspiration plus française avec le château de Fontainebleau.
Avec ses volumes monumentaux, ses grands halls, ses salons et ses équipements collectifs, elle offre aux réalisateurs un décor immédiatement lisible, capable d’incarner aussi bien une institution officielle qu’un lieu de passage ou de sociabilité.

Elle apparaît notamment dans Les Émotifs anonymes, où certaines scènes exploitent ses espaces intérieurs, mais aussi dans Les Garçons et Guillaume, à table !, qui utilise notamment sa piscine. Plus récemment, la Maison internationale figure également dans Le Comte de Monte-Cristo, prêtant son allure institutionnelle à une séquence particulièrement marquante.

Un exemple parfait de la capacité du campus à se transformer, selon les films, en lieu d’apprentissage, de pouvoir ou de représentation sociale.

la Maison internationale
la Maison internationale

Un campus, des films très différents

La diversité architecturale de la Cité universitaire permet de passer d’un univers à l’autre sans rupture.
On y croise aussi Les Femmes de l’ombre de Jean-Paul Salomé, Mais qui a tué Pamela Rose ? d’Éric Lartigau, Gainsbourg vie héroïque de Joann Sfar, Cloclo de Florent-Emilio Siri ou Aline de Valérie Lemercier.
Parmi les anecdotes de tournage, l’une des plus spectaculaires reste celle du film La Fille de l’air. Une des séquences rejoue la vraie évasion de Michel Vaujour depuis la prison de la Santé en 1986, aidé par son épouse Nadine Vaujour. Le personnage incarné par Béatrice Dalle atterrit… en hélicoptère au cœur de la Cité universitaire.
Une scène rare à Paris, rendue possible par l’étendue et la configuration exceptionnelle du site — et qui résume à elle seule la liberté qu’offre ce lieu aux cinéastes.
La Cité est tour à tour décor historique, campus américain, lieu de complot, de romance ou d’apprentissage et se permet parfois, comme dans La Fille de l’air, de jouer son propre rôle.

La fille de l'air
Béatrice Dalle dans La Fille de l’air pose son hélicoptère sur la pelouse de la Cité internationale

Une Cité de la paix devenue décor de fiction

Pensée comme une “Cité de la paix”, la Cité internationale universitaire de Paris est aussi aujourd’hui l’un des espaces les plus filmés de la capitale. À l’écran, elle devient un territoire de projection, de mémoire, de fiction et de métamorphose. Lieu d’apprentissage dans la réalité, elle est aussi un formidable laboratoire cinématographique, où les histoires individuelles croisent les grands récits collectifs.
Une autre façon de parcourir Paris, en suivant les pas des étudiants… et des caméras.

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